CPI : l’Afrique ne doit pas se retirer

 

Bâtiment abritant la Cour pénale internationale à la Haye aux Pays-Bas

Bâtiment abritant la Cour pénale internationale à la Haye aux Pays-Bas. Crédit photo: sanfinna.com

Depuis quelques mois maintenant, la Cour Pénale Internationale (CPI) est à couteaux tirés avec les dirigeants africains. Ces derniers taxent le tribunal international de partial et donc de néocolonial. Ce d’autant plus que les pays comme les Etats-Unis ou encore Israël n’ont pas ratifié le statut de Rome créant cette cour et adopté en 1998.  Aussi le couple israélo-américain engagé dans plusieurs conflits depuis la création de cette cours n’a jamais été interpelé.  L’Afrique est à couteaux tirés surtout parce que, depuis la création de cette juridiction internationale, la plupart des dirigeants interpelés sont des dirigeants africains. La Cour a mis en accusation 27 Africains originaires de sept pays. On pourrait donc se demander si la CPI n’est pas en train de se transformer en un tribunal occidental établi pour juger les crimes africains contre l’humanité ? Dans ce sens, est-elle un instrument de néocolonialisme ?

Certains analystes estiment de ce fait que la CPI est un instrument de recolonisation de l’Afrique. Pratiquement, condamner les leaders « nationalistes » africains permettrait aux puissances économiques et politiques qu’elle sert et qui les finance de déstabiliser l’Afrique, de mettre hors d’état de nuire les dirigeants « têtus » afin de piller les ressources. De son côté, la CPI se défend en évoquant deux arguments : premièrement, la CPI est sollicitée par les Etats africains avant de lancer les enquêtes sur des crimes commis ; deuxièmement, la CPI se dit être au service du peuple africain, victime majoritaire des dictatures, des conflits et des autoritarismes odieux. Certains Africains proposent comme voie de sortie de crise la création d’une juridiction africaine pour juger les Africains. Pour revenir à une sorte « d’Afrique aux Africains ».

Mais le peuple africain, victime majoritaire des conflits sur le continent, peut-il s’en sortir sans une juridiction incontrôlable par les présidents et dirigeants africains ? La colonisation de l’espace politique, économique et social par un groupe de personne minoritaire au détriment de la majorité dans la majorité des pays africains impose qu’une juridiction supra-africaine arbitre le jeu. Certains disent que les Africains doivent se juger eux-mêmes. Mais c’est impossible dans la mesure où les systèmes politiques africains tournent autour d’un leader central qui contrôle tout. Ce leader qui pille ses frères depuis la fin officielle de la colonisation est un héritier même indirectement du colon. Alors, essayer d’intenter un procès à son endroit serait un crime de lèse-majesté et, de ce fait, un renvoi au chômage. Puisque tout vient de lui et tout va vers lui. Que deviendra le peuple africain ? Je n’ose pas imaginer. Une bouillie prête à être bue. Des corps sans vie qui n’ont que le choix entre partir et périr, partir ou périr.

Même si la CPI est partiale, les dirigeants africains ne doivent pas s’y retirer. Qu’ils trouvent une autre solution.  Mettre la pression, faire du lobbying, entamer des négociations afin que la CPI jette un regard sur d’autres conflits, d’autres dans le monde, sur d’autres dictateurs ; rebaptiser la CPI.

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

5 thoughts on “CPI : l’Afrique ne doit pas se retirer

  1. En définitive, c’est une Afrique entre le marteau et l’enclume…Souffrante de se voir toujours indexée, « L’enfer c’est en Afrique »; et ce désir toujours constant de s’affirmer; les malversations du politique africain; le sournois impérialisme occidental; et les aspirations de progrès économiques et politiques…

    Afrique en Otage?!

  2. « L’Afrique doit évoluer ou périr » et la défaite ne sera jamais une option. Elle a subie des siècles d’esclavagisme et de colonisatiion..et tiens toujour debout. Time for new Africa will come

  3. Très beau billet, cher ami Ulrich.
    Je suis d’accord avec ta conclusion, sauf que ta démonstration pour y parvenir me semble un peu à contre sens:
    Si tu affirme que « la CPI est un instrument de recolonisation de l’Afrique » et plus loin, tu affirmes, en ce qui concerne le rôle de la COI, qu’elle sert à « mettre hors d’état de nuire les dirigeants « têtus » afin de piller les ressources. Si je comprend bien ta logique, cela veut dire les 27 personnalités africaines que la CPI a déjà interpellées sont « nationalistes »?!
    Bon weekend!

  4. Merci pour le commentaire Charlot. L’usage de nationaliste est à dessein et je rapporte juste ce que les défenseurs de ces dirigeants utilisent. Raison pour laquelle je mets le terme entre guillemets. C’est également le cas pour la recolonisation. Je ne fais que ressasser les positions des gens avant de conclure avec la mienne.

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