Les traditions orales, une chance pour l’Afrique

Dix ans après la signature de la convention sur le patrimoine immatériel (17 octobre 2003), je me propose de revenir dans ce billet sur la réelle signification de ce type de patrimoine pas très connu du grand public. Ensuite, j’analyse les enjeux pour l’Afrique d’un aspect de ce type de patrimoine à savoir les traditions orales .

 

Logo de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Crédit photo: unesco.org
Logo de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Crédit photo: unesco.org

 

Réunie à Paris du 29 septembre au 17 octobre 2003 en sa 32e session, la conférence générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la Science et la Culture (UNESCO) a adopté en séance plénière la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Mais c’est  en 2006, après la ratification du trentième Etat, la Roumanie que la convention est entrée en vigueur. Il s’est tenu  par la suite, en juin 2006, la première assemblée générale suivie de l’élection du premier comité intergouvernemental. Depuis son adoption, l’UNESCO recense près de 150 Etats parties à la convention et 156 ONG. Ce pan caché du patrimoine culturel a réussi ainsi à s’imposer. Mais qu’est-ce que réellement le patrimoine culturel immatériel? Que peut la tradition orale pour l’Afrique ?

Longtemps considéré comme exclusivement matériel, le patrimoine culturel revêt une dimension immatérielle. Celle-ci peut être définie comme l’ensemble des expressions culturelles et vivantes héritées de nos ancêtres et transmises aux générations futures. De manière pratique, le patrimoine culturel immatériel se décline en cinq domaines clés. Les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel ;  les arts du spectacle composés de la musique, la danse et le théâtre, la pantonimie, la poésie chantée ; les pratiques sociales, rituels et évènements festifs ; les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers et enfin les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.

Le patrimoine culturel immatériel étant défini, nous allons revenir sur le cas des traditions orales en Afrique.

Lorsqu’on parle de traditions et expressions orales, il s’agit des formes parlées extrêmement variées, comme les proverbes, énigmes, contes, comptines, légendes, mythes, chants et poèmes épiques, incantations, prières, psalmodies, chants ou représentations théâtrales, qui sont utilisées pour transmettre des connaissances, des valeurs culturelles et sociales et une mémoire collective. Les traditions orales représentent au moins trois enjeux pour l’Afrique.

Premièrement, en étant l’une des sources crédibles de l’histoire africaine, elles permettent aux Africains de se connaitre. Etant issue d’une longue tradition de l’oralité, la majorité des récits sur l’Afrique et qui aiderait à connaitre le passé de ce continent sont consignés dans les bibliothèques que sont les traditions orales. Il s’agit essentiellement des griots, des joueurs de Mvet, des Dyelli, des légendes, des mythes, des épopées mais surtout des vieillards. C’est la raison pour laquelle l’un des plus grands historiens du siècle précédent, Joseph Ki-Zerbo, aimait à dire qu’en Afrique, les sources orales sont un musée vivant. Certainement, parce qu’elles représentent un lieu de fouille et de connaissance sur l’Afrique. Qu’on soit clair, les sources orales ne sont pas les traditions orales. Mais les traditions orales sont un pan des sources orales. C’est donc par ces traditions orales que le continent est connu. Plus encore, il est connu de l’intérieur.

Edoua Ada luc, joueur de Mvet. Crédit photo: coins.delcampe.net
Edoua Ada luc, joueur de Mvet. Crédit photo: coins.delcampe.net

 

Deuxièmement, les traditions orales comme définies plus haut permettent de faire la connaissance du continent africain de l’intérieur. Il est clair que depuis plusieurs siècles, l’Afrique n’a jamais parlé d’elle-même, ni à elle, ni au monde. Elle a toujours été définie par quelqu’un d’autre en fonction des fantasmes, des ambitions et des représentations de ce dernier. Les traditions orales, parce qu’elles entrent au plus profond de l’être africain, permettent de renouveler ce regard d’antan, d’approcher l’Afrique et l’Africain de façon différente. C’est l’un des grands mérites des traditions orales. Non pas de renouveler l’Afrique, mais de renouveler la manière de lire et de regarder le continent africain. C’est dans cette optique que le dialogue culturel sera effectif.

Se connaissant et étant connu par l’autre à travers les traditions orales, le dialogue entre ces deux entités (l’Africain et l’étranger) sera désormais effectif. Il ne sera plus question de voir avec des lunettes complètement étrangères. Mais d’entrer dans son biotope pour le connaître, le comprendre, être tolérant, s’émerveiller mais surtout dialoguer avec lui. La réelle diversité culturelle, vécue. Mais, une telle réalité ne sera effective que lorsque les Africains, eux-mêmes, auront compris la nécessité de se parler pour se connaître eux-mêmes, de parler au monde pour que le monde les connaisse afin de faire chemin avec le monde sans être abusée, ni pillée.

Alors, l’Afrique doit se mettre à l’école de la préservation, de la sauvegarde mais surtout de la vulgarisation de son patrimoine culturel immatériel notamment des traditions orales afin que celles-ci deviennent réellement une chance pour le continent.

It’s possible!

The following two tabs change content below.
Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *