J’ai marre des coupures d’électricité !

 

Une fois n’est pas coutume. J’écris pour manifester ma détresse. La détresse dans laquelle ceux qui gèrent l’électricité dans mon pays ont plongé le public de Dschang depuis quelques jours maintenant. La coupure d’électricité.

Des jeunes qui révisent leurs leçons avec la bougie. Crédit image: cameroonvoice.com
Des jeunes qui révisent leurs leçons avec la bougie. Crédit image: cameroonvoice.com

En effet, entre jeudi avant 06h et Samedi autour de 15h, une grande partie de la ville de Dschang a été plongée dans une obscurité sans nulle autre pareille. Pas de lumière au centre-ville ainsi qu’à l’Université et même à Keleng, un quartier situé derrière l’Université.

Les étudiants de ces lieux bagarrent chaque soir avec la bougie s’ils veulent retenir quelque chose des cours qui ont été dispensés. L’entrée du campus universitaire est devenue une sorte d’usine où les bruits des groupes électrogènes mettent en mal l’environnement mais surtout les tympans des uns et des autres.

Selon certaines personnes, cette coupure est liée à une panne sur certains transformateurs qui servent de relai dans la distribution de l’électricité à Dschang. Peu importe les raisons évoquées çà et là, il faut bien se rendre compte que l’électricité devient de plus en plus un luxe pour le Camerounais moyen à Dschang. Ceci d’autant plus que le lendemain du rétablissement de la lumière c’est-à-dire hier dimanche, toute l’après-midi ainsi que la soirée et une partie de la nuit ont été obscures.

Longtemps resté bouche bée, je pense qu’il est temps de signifier notre ras-le-bol face à une situation qui dure depuis bien longtemps maintenant. C’est la raison pour laquelle j’en ai marre.

J’ai marre de cette ville où avoir l’électricité, dormir et se réveiller dans la lumière est réservée à quelques privilégiés. J’ai marre d’une ville où couper la lumière est devenu l’exercice favori de la « sonel ». J’ai marre du silence de la jeunesse. J’ai marre de cette jeunesse qui, malgré les coupures d’électricité, continuent de dire merci et de se consoler dans le « on va faire comment ? ».

Ce billet est un cri de ras-le-bol afin que le Cameroun et le monde entier sache que, malgré ce qui est dit dans les médias, ce qui est annoncé à grande pompe, les jeunes et les populations de Dschang vivent dans un noir obscur de plus en plus embêtant. Rien n’est plus prévisible. Vous m’avez souvent lu parler de la république de l’incertitude et de l’imprévision.

Eh oui ! Elle se vérifie également à ce niveau lorsqu’un jeune étudiant prévoit de préparer un bon repas. Malgré ses bonnes intentions, après avoir fait le marché et acheté les ingrédients qu’il est censé écraser à la machine, il est très vite rejoint par la triste réalité : tu ne peux pas écraser parce qu’il n’y a pas de lumière.

Cette réalité de notre pays m’écœure parce qu’elle a réussi à produire une race de résignés qui acceptent tout. Ces derniers finissent même par légitimer des situations telles que celle que j’évoque actuellement. A ce sujet, un ainé m’a un jour rétorqué en disant : « qu’est-ce que tu fais pour mériter la lumière ? L’Etat n’est pas obligé de vous donner la lumière ». C’est l’ampleur du mal. Le système camerounais a certainement réussi à le faire : inscrire dans l’esprit de certains que le vrai peut être faux et que le faux peut être vrai.

C’est clair que dans cette situation de pénurie de besoins primaires et surtout de précarité d’idées, no pays soit où il se trouve actuellement.

En tout cas, moi j’en ai marre de ce pays où les gens vivent dans le noir alors que nos dirigeants et ministres chantent un pays en lumière chaque jour. Mais de quel pays s’agit-il ?

Au Cameroun lorsque tu exprimes ce qui est vrai et vérifiable, on te classe dans la caste des révoltés et révolutionnaires ; des fauteurs de troubles, apprentis sorciers et vendeurs d’illusion. Mais justement c’est par manque d’idées alternatives qu’on utilise cette critique de provenance et non de contenu. Parce que les faits sont vérifiables. Seuls les aveugles ne peuvent pas les voir. Et comme on le dit, au pays des aveugles, les myopes sont rois. Il est temps pour nos dirigeants de cesser de bavarder sur des faits vérifiables. Mais il leur revient de poser des actions considérables en ce qui concerne les conditions de vie des populations qui vivent encore dans l’obscurité.

Je manifestais à travers ce billet mon ras-le-bol face à une situation qui prend de plus en plus de l’ampleur à Dschang que je connais mieux : les coupures d’électricité.

NB: j’ai été obligé de publier ce billet en soirée parce qu’en matinée, il n’y avait pas de lumière. Au moment où je m’apprête à le publier, il y a à nouveau interruption de la lumière. Heureusement pour moi, cette dernière interruption n’a duré que quelques minutes.

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

2 thoughts on “J’ai marre des coupures d’électricité !

  1. Ulrich, merci pour le billet.
    tu en as mare comme tout le monde bien sur. ne te détaches pas de la jeunesse. montre à la jeunesse des strategies pour cesser d’être amorphes. et à partir de ça le leadership se concrétisera. le problème c’est que la jeunesse comme tu le dis si bien, ne sait pas que sa voix compte. oriente là, c’est ça le devoir du leader.
    comme toi, jai fait trois chroniques avec des lettres très froides au directeur AES dschang. donc de peur, qu’on ne soit confondu à ses vendeurs d’illusion, il faut la pragma. merci bcp

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