Alvine Henry Assembe: «les droits de l’homme sont des droits inhérents à tout individu du seul fait de son humanité »

Alvine Henry Assembe. Crédit image: Marius M. Fonkou
Alvine Henry Assembe. Crédit image: Marius M. Fonkou

A l’occasion du 65 ème anniversaire de la proclamation des droits de l’homme le 10 Décembre 1948, nous publions cet entretien que nous avons eu avec Alvine Henry Assembe. Enseignante vacataire au département d’Histoire de l’Université de Yaoundé 1, spécialiste des Droits de l’homme, du droit pénal international et du droit humanitaire,  l’ancienne stagiaire au conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies (ONU) à Genève en Suisse nous apprend que les droits de l’homme ne sont pas la propriété des autres mais qu’ils sont des droits inhérents à tous les êtres humains. En ce sens, le roi Njoya a été un artisan des droits de l’Homme.

Tamaa Afrika: Bonjour Mademoiselle Alvine Henry Assembe. Nous vous rencontrons aujourd’hui en marge du colloque international sur le Roi Njoya qui se tient depuis hier à l’Université de Yaoundé 1. Mais également à quelques jours de la célébration de la journée des droits de l’Homme. Il faut dire que vous avez, au cours de ce colloque, présenté une communication sur la contribution du roi Njoya à la promotion des droits de l’Homme. Qu’est-ce que Njoya a fait dans le cadre de la promotion des droits de l’homme en pays Bamoun ?

Alvine Henry Assembe: Je vous remercie de l’opportunité que vous me donnez de parler de Njoya, ce personnage extraordinaire, original et très loin en avance par rapport à son temps. Il a vécu dans un royaume Bamoun conquérant et lui-même en a mené deux guerres : la première contre Gbentkom qui s’est révolté et la seconde contre Nkufet. Il a remporté ces guerres-là. Et à un moment, après avoir organisé la fête de la jeunesse comme c’était de coutume, pour les jeunes princes. Il a pensé que le royaume Bamoun avait longtemps vécu entre douleur et sang. Il a pris la résolution d’apaiser le royaume et pour le faire, il fallait modifier le squelette du royaume qui était le droit. Le droit se posant comme fondement d’une société, Njoya a pensé qu’il était nécessaire de faire un toilettage de ce droit. C’est dans cette logique qu’il va révolutionner le droit en pays Bamoun et restaurer la dignité de l’homme. Cette restauration de la dignité concourt à la promotion et à la protection des droits de l’Homme.

Quelles actions Njoya a-t-il posé ?

Njoya a abrogé la loi. Avec Njoya, « celui qui consulte l’araignée ne sera plus puni de peine de mort ». Parce qu’avant l’arrivée de Njoya, consulter l’araignée était une divination réservée aux sociétés sécrètes pour prédire le futur. Celui qui hasardait consiltait l’araignée n’étant pas initié, était condamné à mort.  Njoya va également penser que toutes les femmes ont des droits dans le royaume. Dans la tradition Bamoun, celles qui pouvaient se targuer d’avoir un certain droit c’étaient les princesses or, Njoya va restaurer la femme en tant qu’être et en tant que personne qui a des droits. Il libéralise le domaine économique et l’éducation pour la femme. Il permettra aux esclaves de pouvoir épouser des princesses ou des esclaves. Au nom de la liberté de conscience et d’opinion, il va ouvrir les associations sécrètes à tous les Bamoun. Il a pensé une société juste. Il autorisa les Bamoun à vendre ce qu’il voulait alors qu’avant lui, celui qui osait vendre ce qui n’était pas autorisé par la loi des ancêtres  était condamné à mort.  Il y a une évolution entre les édits de Njoya et ceux de ses prédécesseurs. En changeant les lois dans le royaume Bamoun, Njoya s’est posé en Homme intelligent, en un stratège et également en artisan des droits de l’homme.

Alvine Henry Assembe. Crédit image: Marius M. Fonkou
Alvine Henry Assembe. Crédit image: Marius M. Fonkou

Comment actualiser cet héritage du roi Njoya à l’heure où on observer sur la scène publique nationale et internationale une inflation du discours lié aux droits de l’Homme ?

La mise en œuvre des droits de l’homme en Afrique rencontre un problème parce que nous pensons toujours que les droits de l’homme ont été un héritage colonial. Or les droits de l’homme sont des droits inhérents à tout individu du seul fait de son humanité. Ça veut dire que les Africains, en pratiquant la solidarité, promouvaient déjà les droits de l’homme même si aujourd’hui, le droit à la solidarité est reconnu comme droit de troisième génération. Dans la vision africaniste qui est la nôtre, on pourrait parler de droit à la solidarité comme droit de première génération.

En se servant de Njoya, il faut nous approprier les réalités africaines, traduire les droits de l’homme dans nos contextes, dans nos coutumes.  Si nous rentrons dans nos sociétés, nous verrons  que les droits de l’homme sont simplement ce qu’on applique au quotidien, la promotion des savoir-faire endogènes. Les droits de l’homme ne sont pas la propriété des autres car Njoya est un exemple à copier pour la promotion des droits de l’Homme.

Merci pour votre disponibilité.

Entretien réalisé par Ulrich Tadajeu le 28 Novembre 2013 à l’Université de Yaoundé 1 (Yaoundé-Cameroun).

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

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