Boire pour noyer les soucis ou pour se noyer?

Un collègue mondoblogueur a rédigé un billet hier pour présenter la situation des jeunes à Haïti. Parmi les tares qu’il a citées, j’ai remarqué un « ‘excès d’alcool ». J’ai commenté son billet en lui disant qu’il y a une  grande similitude entre les faits décrits et les réalités de la jeunesse camerounaise. Quelques heures après avoir lu son texte, je me promène à l’entrée du campus de l’Université de Dschang. Qu’est ce que je vois? Une table de bière. C’est chaque fois la même chose. Des jeunes pour la plupart étudiants qui ont choisi d’avoir pour compagnon de route, jour comme nuit, l’alcool. Ils se brossent les dents, déjeunent, dinent avec l’alcool. Toutes leurs ressources financières s’en vont.

Dans le même temps, ces jeunes déclarent partout qu’ils n’ont pas l’argent pour faire les photocopies, pour acheter un livre. Bref pour s’offrir le savoir. Je me demande bien si c’est de cette manière que nos Etats avanceront. Ils en veulent au monde entier de ne pas les aimer. Ils disent que la France les a pillés, ils envient la Chine et autres pays. Alors que, pendant qu’ils sont entrain de « couper une », les jeunes de ces pays respectifs développent des stratégies d’invention et de création.

Des bouteilles de bière sur une table que nous avons filmées en fin de soirée ce jour à l'entrée du campus de l'Université de Dschang. Crédit image: ulrich Tadajeu
Des bouteilles de bière sur une table que nous avons filmées en fin de soirée ce jour à l’entrée du campus de l’Université de Dschang. Crédit image: ulrich Tadajeu

Cette triste réalité est devenue tellement récurrente dans les villes camerounaises. Le pire est que dans le même temps, toutes les bibliothèques et maisons de culture sont transformées en débit de boisson, snack-bar…pour permettre aux jeunes de se noyer et non de  noyer leur souci comme ils le disent souvent

La même table complétée par d'autres gouts de bière. Crédit image: Ulrich Tadajeu
La même table complétée par d’autres gouts de bière. Crédit image: Ulrich Tadajeu

Le développement de l’Afrique se fera avec des jeunes lucides, des jeunes dynamiques, des jeunes compétents, des « Prométhée ». Or, ils ne peuvent être des créateurs et inventeurs de civilisation que s’ils vont comme Prométhée chercher la science et le savoir . Ce savoir peut se trouver partout sauf dans l’alcool. Que les jeunes cessent de dire qu’ils noient les soucis. Car ils se disent qu’il noient les soucis alors qu’ils se noient eux-mêmes. Et par la suite, ils noient le Cameroun entier qui a besoin de leur dynamisme, de leur lucidité et de leur santé.

 

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

3 thoughts on “Boire pour noyer les soucis ou pour se noyer?

  1. Partout pareil, c’est le même souci. A quoi doit-on s’attendre de ces jeunes, qui préfèrent de se noyer dans l’alcool au lieu de se perdre dans les livres? Je le trouve encore plus moche que cela se passe presque dans l’enceinte même d’une université.

  2. Merci Osman pour le commentaire. Je veux tout de même préciser que ce n’est pas exactement dans l’enceinte géographique de l’Université mais à l’entrée. Mais ça ne change rien. Tellement c’est proche de cette université.

  3. Merci frangin pour ce billet, il m’intéresse.

    Mais moi je le lis autrement: j’apprécie cette transcendance sur ce débat, car les jeunes camerounais ont perdu le sens du « prendre un pot avec des amis ». leur but ultime c’est de SAOULER, donc de se « NOYER ». pour eux, on n’a pas bu si on n’a pas saoulé. Ils n’ont pas donc compris le sens d’un pot autour d’une table avec des amis. La bière, j’en bois bien quand il le faut, et je lui accorde tout le respect qu’elle mérite. Manquer le respect à la bière, c’est perdre son but de distraction ou de détente.

    Une chose est sure, l’Etat vis-à-vis de cette perdition, peut donc décider d’avoir des ressources supplémentaires en haussant au double le prix de la bière. Si aucun jeune ne s’est senti intéressé à faire grève pour la mauvaise gestion et le laxisme dans les bureaux ne serait-ce que dans les bureaux des universités, je ne crois pas qu’ils le feront pour la boisson.
    L’État peut donc décider(si possible, (je ne sais pas)) de hausser le prix au double (au moins 1000/bière) pour essayer de faire créer aux étudiants des choses nécessaires pour eux, en commençant par les moindres: (les toilettes dans le campus, la qualité des repas,etc…) et aussi des emplois (petites entreprises)…
    ça ne changera en rien qu’on augmente le prix de la boisson, je le sais, mais ils commenceront petit à petit, à comprendre la valeur d’une bière, ce qu’on perd à boire à l’excès quand on poirote encore dans les amphis, et ce qu’on gagne à boire si on travaille déjà…

    En attendant, je vais couper UNE, parce qu’enfin notre master vient de commencer et aussi pour arroser Ta réussite pour le master 2. INCHAH’Allah

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