Livre: l’université de Dschang dresse le bilan des cinquante années d’indépendance et de réunification du Cameroun

Depuis quelques semaines, le nouveau bébé de la littérature camerounaise est disponible. Les actes du colloque de Dschang tenu du 10 au 12 Mai 2010 sur le thème : « cinquantenaires de l’indépendance et de la Réunification du Cameroun. Bilan, enjeux et perspectives ». Le contexte de publication de ces actes est marqué par la célébration à Buéa du cinquantenaire de la Réunification des deux Cameroun (Francophone et Anglophone) le 01er octobre 1961. En 2010, les travaux de ce colloque se sont déroulés en commémoration des cinquantenaires de l’indépendance et de la réunification du Cameroun.

En plusieurs moments et à travers diverses thématiques (politique, économique, social), les chercheurs, sous la direction du Pr Anclet Fomethe, par ailleurs recteur de l’Université de Dschang, dressent le bilan des cinquante années d’indépendance et de Réunification du Cameroun. La préface porte la signature du Ministre de l’enseignement supérieur et chancelier des ordres académiques Jacques Fame Ndongo.

Première de couverture de l'ouvrage. ©Ulrich Tadajeu
Première de couverture de l’ouvrage. ©Ulrich Tadajeu

Il en ressort que l’indépendance ainsi que la réunification sont le résultat du combat des acteurs de l’époque qui avaient à cœur de restaurer l’identité Cameroun mise à mal par les différentes influences coloniales et néocoloniales. Plusieurs figures sont présentées à savoir entre autres Kamdem Nyiyim, Abel Kingue ou encore Djoumessi Mathias qui ont participé à partir de leurs positions respectives à la libération du Cameroun. John Ngu Foncha est présenté par Suh Hilary Sama comme un grand artisan de la Réunification des deux Cameroun. Il a contribué à la mise en œuvre de cette réunification à travers le parti politique qu’il créa, le Kamerun National Democratic Party (KNDP). Sa participation aux différentes conférences qui ont précédé la Réunification notamment celle de Foumban de juillet 1961 est également relevée par l’historien. L’identité Cameroun évoquée plus haut se traduit par un statut juridique colonial particulier. N’ayant jamais été une colonie, le Cameroun a tout de même été administré comme tel. Cette identité s’est construite selon Norodom Jean Bedel en trois temps que sont la gestation, la parturition et la maturation. Malgré cette construction, des freins sont récurrents et empêchent à l’unité nationale de se mouvoir effectivement. Parmi ces freins, Nodem Jean Emet analyse l’émiettement du territoire. Un émiettement qui se manifeste par une vision parcellaire du territoire et une orientation des activités  vers « son village ». Cette situation conduit, selon le sociologue, au mal développement.

Une des contributions dans l'ouvrage. © Ulrich Tadajeu
Une des contributions dans l’ouvrage. © Ulrich Tadajeu

D’un autre côté, les chercheurs réunis autour de ce livre dressent également le bilan économique du Cameroun cinquante années après l’indépendance à travers deux axes importants et complémentaires : l’agriculture et l’industrialisation. Les politiques agricoles ont évolué, des plans quinquennaux aux sortir des indépendances avec une forte implication de l’Etat à la politique agricole en passant par la Nouvelle Politique agricole. A l’implication de l’Etat, s’est substituée l’implication de l’extérieur. En plus de cette implication, la conjoncture économique internationale ainsi que les défaillances du gouvernement ont produit des ralentissements importants sur le plan agricole. Et c’est pour pallier à ces manquements, qu’une formation des cadres supérieurs en Agriculture est faite au Cameroun et dans la ville de Dschang depuis plusieurs décennies.  Depuis 1960, cette formation agronomique connait plusieurs moments mais c’est en 1977 avec la création du centre Universitaire puis en 1993 suite au décret du 19 Janvier 1993 portant création de l’Université de Dschang et donc, naissance de la FASA, que cette formation agronomique prit une autre envergure à partir de la ville de Dschang. Pour que l’agriculture donne des résultats satisfaisants, il faut qu’à côté de la formation, se greffe une industrialisation avancée.

Les communications de Nemb Pierre Samuel et Noula Armand d’une part et de Williams Pokam Kamdem d’autre part essaient de diagnostiquer ce secteur cinquante ans après. Il est clair que l’évolution industrielle durant les cinquante années précédentes a été marquée par des erreurs et des échecs mais également des avancées. L’un des grands freins au décollage industriel du Cameroun c’est l’extraversion de ce secteur caractérisé par des importations élevées. Pour un redéploiement effectif du secteur industriel, il faut, selon l’historien William Pokam que, la « somme des erreurs soit concrétisée en nouveaux essais ».

Dans un article en guise de conclusion, le Professeur Charles Robert Dimi propose un plan en trois axes qui permettrait au Cameroun de prendre avantage de la mondialisation : une mise en cause critique de nous-mêmes, des investissements dans les domaines économique, financier, matériel et la solidarité avec les autres pays du sud. Il est urgent, plus de 50 ans après l’indépendance et la Réunification, de se remettre en cause pour mieux avancer. C’est, en tout cas, le message porté par cet ouvrage.

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

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