Mondial Brésil 2014: un caillou dans la godasse du Cameroun

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Le poster du Cameroun qui montre Samuel Eto’o reprenant la danse de Roger Milla, le vieux lion. © ESPN/Cristiano Sigueira

Dans ce billet, j’inaugure une nouvelle catégorie qui existera, sur mon blog, le temps de la coupe du monde qui se déroule au Brésil du 12 Juin au 13 Juillet prochain.  Je vais parler du football, ma passion originelle. La coupe du monde approche à grand pas. Alors que les différentes équipes peaufinent leur préparation à travers les différents matchs amicaux, l’éternel problème des primes, plat camerounais qui se déguste à la veille de chaque grande compétition internationale, fait surface. Depuis quelques jours, alors que l’équipe nationale de football du Cameroun est en stage dans la ville autrichienne de Walchsee, on entend dans les médias qu’ils réclament une augmentation de leur prime de participation au mondial. Selon certaines sources, au lieu de 45 millions de Fcfa, les poulains de Volker Finke demanderaient plus du triple de cette somme soit exactement 150 millions de Fcfa.  Une somme qui, si elle venait à être vérifiée et accordée, serait la plus énorme des équipes africaines participant au mondial brésilien et peut-être même l’une des plus énormes de toutes les équipes qui se sont qualifiées pour cette grande fête du football. 

L’opinion publique camerounaise est relativement unanime et estime que la prime demandée par les lions indomptables est mirobolante. La presse a pris le devant de la scène en parlant  par exemple que c’est une « indécente revendication »  car ce chiffre est « astronomique ». Elle propose également de faire une comparaison avec les primes des autres pays africains qui participeront à la coupe du monde et conclut que la revendication de l’équipe camerounaise est « indécente ». Pour d’autres, au lieu de remettre un tel montant à ces joueurs, il serait important de l’utiliser dans la construction des infrastructures qui permettront de faire évoluer le football jeune dans notre pays.  C’est vrai qu’il y’a un autre courant, minoritaire, qui estime que lions méritent de récolter le fruit de ce qu’ils ont semé. Ils ont joué et se sont qualifiés pour la coupe du monde, ils méritent leurs primes. Mais, est-ce qu’ils ont revendiqué une augmentation de cette prime? Est-ce qu’ils ont exigé le montant de 150 millions de Fcfa? Pourquoi à la veille de chaque grande compétition, le Cameroun fait face aux problèmes des primes?

Lorsque j’ai, essayant d’en savoir davantage sur ce sujet, entré les mots clés sur google, j’ai été surpris par le fait que tous les liens renvoyaient au Cameroun. Les problèmes des primes à la veille du mondial ne sont donc qu’une sauce spécifiquement camerounaise? Ou ce sont les médias camerounais qui jouent mal le jeu en faisant sortir ce qui pourrait relever de la cuisine interne?

Pour comprendre les revendications des joueurs de l’équipe nationale, il faut avoir à l’esprit les différentes entrées relatives à la qualification, à la préparation et à la compétition. Après la qualification de chaque équipe, il y’a un montant que la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) verse à la fédération pour la préparation et un autre montant qu’elle versera au cas où l’équipe est éliminé au premier tour et ainsi de suite. Cette année, la FIFA verse  1 500 000 dollars (près de 723 millions de FCFA) pour la préparation à toutes les équipes qualifiées. A côté de cette somme, il y’a celle versée par les différents sponsors. Puma, l’équipementier du Cameroun a remis 500 000 euros (près de 328 millions de FCFA). Par ailleurs, certaines équipes qualifiées au mondial contre lesquelles le Cameroun joue des match amicaux versent à la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT) un montant. En Janvier dernier, Joseph Owona (président du Comité de Normalisation de la FECAFOOT) parlait  de 190 000 euros (près de 124 millions de FCFA) venant de l’Allemagne (les lions indomptables livreront un match amical contre ce pays le 01er Juin). Enfin, 130 000 euros (85 millions de FCFA) venant du Portugal pour le match amical qui a opposé les deux équipes au mois de mars dernier. Mais il y’a quelques jours, en Autriche, le président du comité de normalisation de la FECAFOOT a plutôt évoqué un autre montant. Au lieu de 190 000 euros comme évoqué plus haut, il a parlé de 140 000 euros (près de 91 millions de FCFA). Certains journalistes se demandent si  la FECAFOOT a détourné 50 000 euros sur le cachet de ce match?

Il est vrai que dans le même temps, les lions doivent verser un montant aux équipes moins classées qu’eux, qui sont leurs adversaires dans les rencontres amicales. On comprend bien que la qualification des lions a généré des entrées directes à la fédération et des entrées indirectes qui arrivent avec les différentes activités économiques organisées dans les différentes villes du pays autour de la coupe du monde. Tout ceci existe parce que les lions se sont qualifiés. Et comme l’a dit le capitaine de l’équipe nationale, Samuel Eto’o, dans un entretien accordé à Steve Djouguela sur Mboafootball.com, « …nous (les joueurs) avons travaillé pour que cet argent soit dans les caisses de la Fecafoot ». Il est important de faire comprendre aux uns et aux autres que cet argent n’est pas celui du contribuable ou un argent qui est gardé depuis dans les caisses pour attendre les lions. C’est un argent qui est le résultat de la qualification de notre équipe. Ces revendications ne sont pas le problème du football camerounais ou ne peuvent pas freiner notre football comme certains le font savoir.  Le problème est ailleurs.

Le problème du football camerounais est à chercher dans la mauvaise gouvernance. Le sport-roi comme on l’appelle n’est qu’à l’image des autres secteurs de la société. Car quand bien même, les joueurs demandent que leurs primes soient utilisées pour l’amélioration du football, qu’est ce qu’on en fait? Ces revendications sont légitimes même si la démarche n’est pas la meilleure et le montant est assez élevé par rapport aux autres équipes africaines engagées dans la compétition. Mais, elles traduisent le malaise du football camerounais et de la société en général. Une société victime de la mauvaise gestion. C’est cette mauvaise gouvernance qui avait poussé Jean Bruno Tagne à dire d’un ton prophétique au sujet des lions en 2010 « programmé pour échouer ». On constate que le caillou des primes a pris place et s’installe progressivement dans la godasse du Cameroun, pourtant, sérieux protagoniste au titre mondial. En tout cas, comme on dit au pays de Samuel Et’o, de Roger Milla ou encore de Patrick M’Boma, « impossible n’est pas Camerounais ».

NB:  A tous mes lecteurs, je lance à travers ce billet une nouvelle catégorie sur mon blog. Elle sera dédiée à la coupe du monde vue de chez moi c’est-à-dire de la ville où je vis à savoir Dschang . Vous aurez des analyses, des interviews, des comptes rendus. Bref, l’ambiance du mondial. Je vous recommande ce lien pour en savoir plus sur la préparation des lions indomptables.

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

1 thought on “Mondial Brésil 2014: un caillou dans la godasse du Cameroun

  1. Donc le football là paye comme sa? je me demande bien ce que je fais sur http://www.emarketingspider.com au lieu de m’y lancer aussi. apres tout, je n’etais pas mauvais joueur au secondaire? un peu d’entrainement et un tour au village et sa pourrait aller je crois….
    sinon, je suis du meme avis que les lions. il est anormal que les gars generent autant de revenu et qu’on les oblige par la suite des piètres salaires ou primes. ne regardons pas seulement les sommes enormes qu’ils reclament, mais faisons ll’adition des montants qu’ils ont generé et calculons le pourcentage qu’ils aimeraient avoir. Nos lions sont des monsieurs qui se soucient aussi de l’economie du pays. je suis d’accord avec le capitaine samuel eto’o quand il dit:
    « Il est important de faire comprendre aux uns et aux autres que cet argent n’est pas celui du contribuable ou un argent qui est gardé depuis dans les caisses pour attendre les lions. C’est un argent qui est le résultat de la qualification de notre équipe. »

    Je suis certain d’une chose, donnez de l’argent a ces enfant et ils vont nous faire du miracle. donnez leur de quoi se MARABOUTER et à nous le trophée.
    impossible n’est pas camerounais

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