Le Barcamp, un vivier de valeurs

Les Mondoblogueurs pendant le Barcamp à Abidjan. © Ulrich Tadajeu
Les Mondoblogueurs pendant le Barcamp à Abidjan. © Ulrich Tadajeu

Parfois, on sous-estime ce qu’on peut apprendre des autres. On considère que nous sommes les mieux outillés pour exprimer ou épuiser toute la réalité. Ce qui est évidemment faux. On ne côtoie la réalité qu’en diversifiant les sources pouvant nous permettre de comprendre le monde. C’est la leçon que je retiens du Barcamp auquel j’ai pris part lors de mon récent séjour de formation à Abidjan. J’ai essayé de le partager avec des amis de ma faculté, la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH) de l’Université de Dschang. J’ai pu me rendre compte de ce qu’on peut gagner en initiant ou en participant à un Barcamp.

Au-delà des définitions, j’ai retenu que le Barcamp est un cadre d’échange et de partage dans lequel tout le monde est producteur et récepteur d’idées. Personne ne vous impose un thème de réflexion mais tous ensemble vous le définissez. Personne ne monopolise la parole pour vous donner des leçons comme c’est le cas lors des conférences standard. Mais tout le monde partage ce qu’il connait au sujet d’un thème. Voilà ce que j’entends par Barcamp. Des valeurs spécifiques sont à retenir et à expérimenter.

Le tableau blanc qui noircissait lors du Barcamp à Abidjan. © Manon Mella
Le tableau blanc qui noircissait lors du Barcamp à Abidjan. © Manon Mella

 

L’humilité et l’écoute des autres.

C’est souvent difficile pour les uns d’écouter ce que pensent les autres. Parfois, on balaie d’un revers de la main sous prétexte que ceux qui avancent ces idées n’ont pas la qualification requise pour aborder un sujet précis. Or, la lumière peut jaillir de partout et surtout des lieux où on l’attend le moins. Le Barcamp parce que c’est tout le monde qui fait des propositions nous apprend l’humilité et l’écoute des autres. Car, comment accepter les propositions de l’autre si on ne peut pas écouter, si on ne peut pas reconnaitre qu’il est en mesure d’apporter quelque chose de neuf et d’original. A la différence de la conférence standard qui est quasiment un monologue de groupes de personnes, le Barcamp est un partage, une écoute réciproque. C’est en ce sens que le Barcamp a renforcé mes convictions sur la richesse que peut être l’écoute des autres et la prise en compte de leurs points de vue. Peu importe leur diplôme ou leur qualification,  leur âge ou leur rang social, leur sexe ou leur origine, ce qui compte c’est la pertinence des idées qu’ils avancent.

Ce sont des valeurs qui obligent à ne pas parler à la place des gens, à les laisser exprimer leurs idées malgré les titubations qui puissent exister. Car, à la différence de ceux qui certains pensent de plus en plus, c’est du contact avec les autres que jaillit la vérité et la sagesse, c’est dans la diversité que se ressent la beauté du monde.  Le Barcamp apprend aussi la liberté.

La Liberté

Dans un Barcamp, les participants sont libres. Ils sont libres d’exprimer leurs idées. Personne ne les contraint à penser d’une façon ou d’une autre. C’est un moment de liberté par excellence qu’il convient d’expérimenter dans les espaces sociaux notamment les Universités. Car la liberté est une valeur ontologique à l’être humain mais elle doit se cultiver dans les différents lieux de socialisation. L’Université peut être un cadre adéquat pour cultiver cette liberté. Ceci à travers des initiatives comme le Barcamp. Le fonctionnement des Barcamps en atelier permet aux participants de s’exprimer en toute quiétude. Ce qui n’est pas toujours le cas dans les conférences comme on les connait. Le fait qu’au début du barcamp, on se présente à travers des mots clés, permet de détendre l’atmosphère, de se familiariser et de mieux exprimer les idées.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai particulièrement apprécié le barcamp lors de mon séjour de formation à Abidjan. Je l’ai apprécié parce qu’il m’a aidé à comprendre que dans la vie, parfois c’est celui à qui on pense donner des leçons qui a plutôt des leçons à nous donner. Il m’a permis de comprendre que la sagesse vient du dialogue avec les autres peu importe leurs qualifications. Et c’est de cette diversité créatrice que se ressent la beauté de notre monde.

Je dirai enfin que ceux qui n’acceptent pas les idées différentes sont, eux aussi, des promoteurs à leur niveau de la dictature. Pourtant, il est impossible de croire qu’on peut dicter des manières de faire , de vivre et d’agir uniques aux individus avec autant de possibilités que suggère la diversité.

Par contre, ces valeurs ne serviront à rien si elles ne sont pas intériorisées puis expérimentées au quotidien. Pour ma part, j’estime que l’on n’est jamais vieux pour apprendre. D’ailleurs un dicton répète chaque jour « mieux vaut tard que jamais ». Ce serait une perte de temps de parler de ces valeurs, d’en faire des textes à ce sujet, de les apprendre dans le cadre des activités de groupe sans les vivre quotidiennement.

Pour rendre ces valeurs effectives, je pense qu’il est important que nos lieux de production des savoirs s’inspirent du modèle des Barcamps. On aura une transformation sociale collective, les gens apprendront à défendre leurs idées en public. Et surtout, de la diversité naîtra la lumière censée éclairer les ténèbres qui se vivent actuellement dans « les mondes ».

Un merci spécial et très sincère à Mondoblog grâce qui j’ai fait l’expérience pour la première fois d’un Barcamp.

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

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