Lettre aux bacheliers « Libérez-vous des préjugés! »

Crédit image: Cameroon-online. com
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Au Cameroun, les résultats du Baccalauréat (examen de fin du cycle secondaire qui donne accès à l’enseignement supérieur) viennent d’être publiés par l’office du Baccalauréat. Dans cette lettre, je m’adresse à ces futurs étudiants pour leurs dire que l’Université n’est pas ce qu’ils croient. Libérez-vous des préjugés!

Bonjour chers bacheliers,

C’est avec un grand plaisir que je vous écris ces quelques mots. Je suis heureux parce que je connais la satisfaction qu’on ressent lorsqu’on réussit le BACC. On est fier d’avoir conclu l’enseignement secondaire et d’entrer dans le monde universitaire. On ne se vêtira plus de « tenues homogènes » pour se rendre à l’école. Vous pourrez désormais vous habiller librement, aller à l’école quand vous voulez. Vous accéder à cette liberté qui interpelle aussi votre responsabilité. Je vous écris en tant qu’ainé non pas en âge mais académique. Je vous écris parce que lorsque j’entrais à l’Université il y’a quelques années, j’ai entendu beaucoup de choses concernant ce monde qui ne sont pas toujours vraies. Je veux donc vous interpeller afin qu’à côté de ce que vous diront les parents, la famille, la société au sujet de l’Université, vous écoutiez également un conseil venant de l’intérieur, une source intime à l’Université.

Lorsque j’arrivais à l’Université, mon entourage comme c’est votre cas aujourd’hui me disait que c’est le siège des sectes, que les gens là-bas sont tous compliqués et qu’il ne faut intégrer aucune association. Ils peignent l’Université comme étant Sodome et Gomorrhe où on trouve toutes les mauvaises choses qui puissent exister dans une ville. Ce qui fait que plusieurs comme j’ai eu le cas de constater sont réticents aux gens, ils sont enfermés chez eux, ils n’adhèrent à aucune association culturelle pouvant leur permettre de se divertir entre amis, ils sombrent dans la solitude et l’autarcie. J’ai vu des gens dire qu’on appelle tel club « cercle » c’est sûr que c’est une secte. Du coup, ça met dans leur esprit une réticence envers toutes les activités menées par ce cercle. C’est ce qu’en tout cas les familles, la société disent de l’Université. Pourtant, ils ne sont pas à l’intérieur. Ils oublient souvent que l’Université est dans la société, elle n’est pas hors de la société. Les mauvaises choses qui se trouvent dans notre société peuvent aussi se retrouver à l’Université vu que les membres de ce monde sont avant tout membres du corps social.

Chers Bacheliers,

Ecoutez ce que vos parents vous disent, écoutez ce que votre entourage vous dit. Mais n’oubliez pas que ce n’est pas parce qu’ils l’ont dit que c’est la vérité. Ça doit vous amener à être prudents et non à être réticents. Car, l’Université est un lieu où en étant ouverts, vous aurez l’occasion de libérer effectivement votre potentiel, de poser des actions et surtout de saisir beaucoup d’opportunités. Cela n’est possible que si vous avez conscience du fait que c’est également un lieu où tout le monde n’est pas dans la secte, un lieu où on peut se faire de bons amis, un lieu où on peut faire partie d’un club, d’une association sans que ce ne soit une secte ; enfin un lieu où on peut valider toutes ses matières sans faire la magie.

Oui, chers bacheliers,

 Il est possible de faire tout son cursus à l’Université sans aller à l’été, cette fameuse session de rattrapage. Quand vous arrivez à l’Université, le plus souvent, certains qui ont connu un sale séjour de ce côté essayent de salir vos bonnes idées en vous faisant croire qu’il est impossible de valider toutes vos matières aux sessions normales. D’autres vont mêmes jusqu’à vous dire que pour le faire, il faut être dans une secte ou alors avoir des « Notes Sexuellement Transmissibles ». Eh bien, c’est faux. Ceux qui vous disent de telles choses sont venus à l’Université, ont blagué pendant que les autres buchaient. Ils n’ont rien validé et comme les paresseux le font, ils commencent à trouver une justification à leur échec. Vous pouvez valider toutes vos matières aux sessions normales et ce pendant tout votre cursus de licence voire même celui de Master. Je vous parle de quelques choses que j’ai eu à expérimenter. Sans être l’étudiant le plus brillant de ma promotion, je me suis rendu compte qu’on peut faire un cursus sans faute à l’Université, sans aller au rattrapage. Je ne citerai pas ces générations d’étudiants qui, étant appliquées, ont fait 5 ans à l’Université sans reprendre un niveau, ni aller au rattrapage. Ils ne sont pas des sorciers, ils ne sont pas dans la secte comme on vous dit souvent. Ils sont juste appliqués et conscients de leur mission dans la société.

N’allez pas croire que l’Université c’est le paradis, c’est le lieu où se trouvent les anges. Non, c’est un lieu social où se trouvent des hommes et femmes qui ont leurs défauts que ceux qui se trouvent hors de la société. C’est un espace qui a ses inconvénients, qui a ses exigences.

Au moment où vous êtes admis au Baccalauréat, ayez conscience de cela. Sachez que l’Université sera un moment déterminant dans vos vies, vous ferez l’expérience, pour certains, du manque. Manque de denrées, absence de la famille. Mais ce sera bénéfique car c’est comme cela que vous vous construirez. Soyez audacieux, osez, cherchez toujours à travers votre travail à être le meilleur. Etudiez pour vous réaliser et accomplir de grandes choses pour la communauté. Ne faites pas l’école comme les autres, n’attendez pas le signal de l’enseignant pour satisfaire votre curiosité. Ayez le gout de la connaissance. Une connaissance pour le progrès, une connaissance pour l’évolution des sociétés dans lesquelles vous vivez. Participez à la vie du campus, participez aux clubs et associations culturelles. Car, dans ces mouvements, on apprend des valeurs, on acquiert des connaissances que jamais on aurait acquis dans le cadre des cours magistraux dans les amphis. Ne cherchez pas seulement à valider mais comprenez d’abord le cours que vous recevez. Posez les questions quand cela est nécessaire, soyez libres car c’est ça l’Université. Soyez libres, exprimez cette liberté à travers vos idées. Mais n’oubliez pas l’essentiel : vos cours. En fin de compte, c’est la raison d’être de votre présence à l’Université.

Je suis conscient que certains ont peur, d’autres sont confiants. D’autres diront mêmes que c’est sûr que celui-ci est déjà « dedans ». Je ne vous empêcherai pas d’avoir votre opinion.  Frantz Fanon disait que « chaque génération découvre sa mission, la trahit ou l’accomplit ». Découvrez la vôtre et je souhaite que vous l’accomplissiez. Or pour accomplir votre mission, il faut vous libérer de ce sac de préjugés afin d’exploiter au maximum votre potentiel. En tout cas, nous ferons ce qui est de notre pouvoir pour que cela soit possible pour vous. Le premier pas que vous devez faire c’est vous libérer des préjugés.

A bientôt, dans les amphis !

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

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