Au Cameroun, Paul Biya est Dieu

Une banderole de soutien à Paul Biya dans un stade de football. Crédit image: Ulrich Tadajeu
Une banderole de soutien à Paul Biya dans un stade de football. Crédit image: Ulrich Tadajeu

J’ai écouté récemment sur la  CRTV la lecture  d’une énième motion de soutien qualifiée de « serment d’engagement et de déférence » signée des élites du Sud et adressée au président Paul Biya. Ce journal a duré près de 40 minutes, la motion a été lue en près de 16 minutes. Une litanie de sanctifications, de glorifications à l’endroit du prince d’Etoudi qui, du haut de sa vieillesse, a été transformé en « Dieu ».

Je ne reviens pas sur les tonnes de motions qui sont signées et envoyées au chef de l’Etat au moindre acte, ni sur leur objet qui est connu. Il suffit que ce dernier tousse, qu’il prononce une phrase à l’aéroport, qu’il crée une commission d’enquête sur la situation calamiteuse du football camerounais, qu’il fasse le travail pour lequel il a été « élu » et déjà on signe un serment pour le soutenir. Lorsque quelqu’un est nommé, si le chef de l’Etat prononce un discours, s’il sort du pays, même quand il dort, ses « créatures » signent des motions de soutien à son endroit.

Image du président Paul Biya à l'amphi 700. Crédit image: Ulrich Tadajeu.
Image du président Paul Biya à l’amphi 700 de l’Université de Yaoundé 1. Crédit image: Ulrich Tadajeu.

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Le discours de ces motions n’est pas différent du discours qu’on écoute au sujet de Dieu. Il consiste à faire savoir aux Camerounais qu’ils sont des « nuls », des « pauvres pêcheurs » et que « Dieu Paul Biya » est le seul bon grain dans le sac, mais dans notre têtutesse, nous refusons de suivre ses pas. D’ailleurs lorsque quelque chose de bien se passe au Cameroun, c’est lui le premier responsable mais dès qu’il y a un problème, on crie au complot contre Paul Biya. On parle d’un président qui en situation de guerre dans son pays, va rester pendant deux semaines en Suisse. Il s’agit d’un chef de l’Etat qui, à 81 ans, continue de s’accrocher au pouvoir.  Dans les esprits des uns et des autres, dans les discours des motions de soutien et de déférence qu’il s’agisse de celles qui sont lues ou de celles qui sont affichées, Paul Biya est considéré comme « Dieu » pas comme un « dieu » parmi tant d’autres.

Pendant ce temps, les images de Paul Biya sont présentes partout. Dans les ministères, les bureaux, les routes, les salles de classe, les maisons, les chambres, les radios, les banques, sur les stades le chef est présent à travers ses effigies. Ces effigies sont accompagnées de banderoles ou de messages parfois insensés. Lors de la célébration des cinquantenaires, on a vu des banderoles qui remerciaient le « président Paul Biya, père de la vraie réunification du Cameroun« . On a même écouté des discours au cours desquels celui qui prononçait a remercié Paul Biya avant de le faire pour Dieu. Lorsqu’un individu est « élu par le peuple » il remercie d’abord Paul Biya, ce qui fait croire que son pouvoir ne vient pas du peuple, mais de Paul Biya. Lorsqu’un autre est nommé proviseur, ministre, recteur…une motion de soutien est signée sur le champ pour louer le maître. Un vrai culte!

Une grosse hypocrisie

Où est passé le mérite ? Doit-on autant louer un « vieillard » comme Popaul qui s’attache indéfiniment au pouvoir? Où sont passés le mérite et la liberté d’expression? Au lieu de faire cette litanie de sanctifications qui ne reflètent pas la vie du Camerounais lambda, l’entourage de Paul Biya devrait lui faire part des réalités du peuple et éviter de détourner les fonds publics. C’est ainsi qu’ils remercieront effectivement leur « créateur ». Paul Biya, lui-même, doit se rapprocher de son peuple et vérifier si ce « merci », ce « soutien » et cette « déférence » sont sincères. Car à la vérité, il s’agit d’une grosse hypocrisie qui pourrait avoir des conséquences inestimables.

Ce culte fait à Paul Biya qui est « Dieu » pour certains et donc leur créateur comme a affirmé un ministre caractérise la dictature dans laquelle nous vivons. Certains me diront, il y a les partis politiques, les élections. Je leur dirai que l’esprit du parti unique est encore présent. Ce culte de la personnalité a pour objectif d’hypnotiser des milliers de Camerounais pour leurs faire croire que le « seul » choix c’est Paul Biya, qu’après lui, c’est le chaos comme j’entends de plus en plus. Or Paul Biya est un homme. Même si pour eux, il est Dieu et qu’ils lui rendent un culte, pour moi #PaulBiyaNestPasDieu. Non #PaulBiyaIsNotGod

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

3 thoughts on “Au Cameroun, Paul Biya est Dieu

  1. C’est pratiquement une honte que de voir l’élite africaine perdre de vue l’importance de la diversité ou mieux de l’alternance au pouvoir. C’est ridicule de constater que tous les intellectuels investissent dans l’immoralité surtout politique. Pendant que la majorité de la population est en train de croupir dans la misère la plus totale, il n’est pas surprenant d’entendre des pseudo-intellectuels tenir des slogan du type »Totondi yo te (Littéralement = Nous ne sommes pas encore rassasié de toi) », C’est à prendre ou à laisser », « Le peuple veut encore te voir aux affaires », « Il faut tout faire pour conserver le pouvoir » ou encore « Le peuple veut que je reste ». Mr Paul Biya devait s’inspirer de l’exemple de Mandela ou non loin de lui Olusengun Obasanjo qui a quitté le fauteuil présidentiel pour laisser aux autres le temps de gérer la chose publique. La régionalisation et l’emprisonnement du pouvoir politique sont deux choses qui gangrènent la vie politique africaine. On veut rester au pouvoir parce qu’on est d’une ethnie majoritaire, d’une langue très populaire. Même au sein de ces groupes, la misère est palpable, mais, dit-on, « Ventre creux n’a point d’oreille », il suffit d’aller vers ces misérables avec du pain pour les convaincre à hypothéquer tout leur avenir. l’image du continent qui en périt, au point de devenir synonyme de misère, de la mort, de la maladie et autres maux dégradant la vie humaine. Chaque jour, les africains vont se noyer dans la Méditerranée en tentant de traverser vers l’Europe qui,avouons-le, est dans l’incapacité de trouver des solutions concrètes à ses propres problèmes…Afrique, il est temps de se réveiller et de s’organiser pour attirer les regards bienveillants des autres continents…

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