A Akometam, nous avons rendu hommage à Mongo Beti et Abel Eyinga

Photo de famille à Akometam. Crédit image: Ulrich Tadajeu.
Photo de famille à Akometam. Crédit image: Ulrich Tadajeu.

Après une longue et riche carrière d’enseignant et d’écrivain en France, Mongo Beti de son vrai nom Alexandre Biyidi Awala retourne au Cameroun en 1991. 10 ans après son retour au bercail, il décède à l’hôpital général de Douala. C’était le 07 Octobre 2001. La Société des Amis de Mongo Beti (SAMBE) créée dans la foulée par sa femme Odile Tobner met sur pieds des commémorations annuelles à la période de sa mort au cours desquelles des amis, connaissances et simples héritiers scientifiques ou intellectuels de Mongo Beti se rendent à Akometam, son village, située à quelques kilomètres de Mbalmayo (Département du Nyong et So’o, région du Centre Cameroun) pour célébrer l’homme en lui rendant un vibrant hommage. Depuis 12 ans que cette commémoration existe, Abel Eyinga (ami et compagnon de Mongo Beti depuis la France) n’a manqué le déplacement qu’une fois à cause de la maladie qui le rongeait et une seconde fois (celle-ci) parce qu’il est décédé le 16 Janvier 2014. C’était donc une co-commémoration à laquelle j’ai assisté ce dimanche 05 Octobre à Akometam. La mort de Mongo Beti d’un côté et celle de Abel Eyinga de l’autre.

A ce sujet, des discours ont été prononcés pour rendre hommage à Mongo Beti dans un  premier temps et à Abel Eyinga par la suite. On retiendra que Mongo Beti était d’une vivacité intellectuelle et énergique à nul autre pareil. Ce qui lui vaut un immense respecte de la part de ses amis et fait de lui un homme immortel. C’est la raison pour laquelle  il faut que « les livres de Mongo Beti soient disponibles sinon sa deuxième mort pourrait venir de là».

En ce qui concerne Abel Eyinga, plusieurs personnes ont témoigné en essayant assez souvent de faire un parallèle entre les deux hommes. Parmi les illustres témoins, il y’a les professeurs Eboussi Boulaga et Ambroise Nkom qui ont cotoyé Abel Eyinga. Pour Eboussi Boulaga, Abel Eyinga était un homme constant et cohérent dans son discours. Il avait une grande maitrise de soi. Ce qui a permis qu’il évite de « faire des autres les responsables de son malheur. » Une attitude qu’a salué l’éminent philosophe africain dans la mesure où cela permettait à Abel Eyinga de ne pas vivre avec l’aigreur et la haine des autres. Pour le professeur Ambroise Kom, Abel Eyinga et Mongo Beti inspirent des questionnements dont le plus important est de savoir : « Quel est le rôle de l’individu instruit dans une société postcoloniale ? » En réinterrogeant l’héritage que ces maitres nous ont laissé, en nous demandant comment faire pour transformer notre milieu, notre pays en gardant nos principes, nous aurons de l’avis de Ambroise Kom, une réponse à cette question. Quoiqu’il en soit, les vies de Mongo Beti et Abel Eyinga nous apprennent que la résistance a un prix qu’il faut être prêt à payer. Pour le faire, il faut batailler pour les idées qu’on a et être fidèles à celles-ci. D’autres intervenants ont pris la parole pour saluer le courage de Abel Eyinga qui, il faut le rappeler, a été l’unique individu qui a présenté sa candidature à la présidence de la République sous le régime dictatorial de parti unique de Ahmadou Ahidjo.  C’était en 1970. Ce qui lui a valu une condamnation par contumace étant donné qu’il vivait à Paris. C’est cet épisode qui a inspiré la rédaction de son livre « Mandat d’Arrêt pour cause d’élection… ».

Au cours de cette visite, nous avons également découvert Mongo Beti l’agriculteur. En effet, l’écrivain avait un vaste champ où il cultivait énormément. A côté de sa plantation, il avait une porcherie dans laquelle il élevait les porcs. Au moment de sa mort, nous a confié son neveu, il avait 226 têtes de porcs.

La SAMBE a tout de même déploré le fait que la seconde mort d’Abel Eyinga soit proche dans la mesure où depuis qu’il a rendu l’âme, rien n’est fait pour le célébrer. Pire, les documents d’archives qu’il a laissés avant son décès sont inaccessibles.  Toute chose qui contribuerait à effacer complètement l’intellectuel et homme politique de la scène publique.

La commémoration se poursuit Lundi 06 Octobre et Mardi 07 octobre. Demain Lundi, se tiendra la projection cinématographique d’un documentaire « Contre-censure » sur l’interdiction de « Main basse sur le Cameroun » à partir de 15h30 minutes. Mardi, 07 octobre 2014, une conférence publique se tiendra à la Librairie des peuples noirs à Tsinga à partir de 15h sur le thème « la liberté d’expression ». Elle sera animée en présentiel par Haman Mana, Jean François Chanon, Florian Ngimbis et Hilaire Kamga. Odile Tobner (France), Edith Kah Walla (Zimbabwe) et Samake (Abidjan) interviendront également en visio-conférence.

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

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