Remember Mongo Beti: la liberté d’expression au coeur du débat.

Crédit photo: http://ideesliquidesetsolides.blogspot.com/
Crédit photo: http://ideesliquidesetsolides.blogspot.com/

Les journées RememberMongoBeti se sont achevées le 07 Octobre dernier par une conférence sur la liberté d’expression à la Librairie des peuples noirs créée par Mongo Beti. Organisée par la Société des Amis de Mongo Beti (SAMBE), cette conférence posait sur la table un problème très cher à Mongo Beti qui en a été victime à savoir la liberté d’expression. Qu’est-ce que c’est ? Quel est son état au Cameroun ? Peut-elle perdurer avec l’émergence des nouveaux médias ?

Le panel diversifié composé de journalistes, d’hommes politiques et d’enseignants d’université a eu la tâche de donner son avis sur cette question. Ce débat est certes en relation avec la mort de Mongo Beti mais il faut rappeller qu’il se tient dans un contexte marqué dans notre pays par des atteintes à des libertés publiques. C’est le cas des étudiants de l’ADDEC (Association pour la Défense des Droits des Etudiants Camerounais) qui viennent d’être exclus des universités d’Etat du Cameroun pour avoir exprimé leur liberté. Mongo Beti qui a été censuré dans les ouvrages, les conférences, les articles de presse savait que la liberté d’expression est la matière première de l’intellectuel. Car, selon le Dr Adama Samaké (auteur d’un ouvrage sur Mongo Beti, l’intellectuel est producteur de sens et c’est par cette production de sens qu’il arrive à distinguer le bien du mal. Par son franc parler, l’auteur du « pauvre christ de Bomba » a appris aux jeunes de l’époque à parler et à s’exprimer. La liberté est ainsi une quête intérieure, c’est une quête personnelle d’un homme. Jean François Chanon a partagé avec nous cette interpellation du Réverend père Engelbert Mveng envers les jeunes de l’époque : « Soyez des hommes libres et ne vous laissez jamais attacher par un lien. » Mais cette liberté est réduite par les conditions qui sont créees et qui favorisent l’auto-censure. C’est chaque individu qui se censure et estime qu’il n’a pas le droit de parler de tel ou tel autre sujet. Cette auto-censure est complétée par une politique du ventre sévère qui veut que chacun se concentre sur ce qu’il mange et se tait lorsqu’il est rassasié. Personne ne s’occupe des problèmes des autres.  Ainsi, lorsqu’il y’a une dérive aux libertés publiques, ce n’est le problème de personne. Or pour faire cesser cet état des choses, il faut qu’une mobilisation sociale de réaction constitue un front pour s’opposer à ces dérives.

Les panélistes pendant la conférence. Crédit photo: ulrich Tadajeu
Les panélistes pendant la conférence. Crédit photo: ulrich Tadajeu

Les libertés d’expression sont la condition sine qua non pour que règne la démocratie et l’état de droit. Or jusqu’ici, ces termes sont des concepts sans consistance pratique. La démocratie est tout le temps biaisée et l’état de droit violée. Mais, selon les participants, internet est en train de changer la donne. La portée, l’étendue et la dématérialisation du web font qu’il soit insoluble et incontrôlable. Ainsi, on ne pourra plus arrêter la liberté d’expression dans notre pays parce qu’au-delà des médias traditionnels, il y’a internet qu’on  ne peut plus arrêter.

Thierry Batoum, président de l'ADDEC, s'est aussi exprimé sur sa situation ainsi que celle de son camarade avec qui ils ont été exclus des Universités camerounaises.
Thierry Batoum, président de l’ADDEC, s’est aussi exprimé sur sa situation ainsi que celle de son camarade avec qui ils ont été exclus des Universités camerounaises.

Internet peut-il être une panacée à la liberté d’expression dans la mesure où de plus en plus, en convoquant la théorie de la spirale du silence, des rapports estiment que les réseaux sociaux ne favorisent pas la liberté d’expression comme on le pense ? Internet peut-il favoriser la liberté d’expression alors que le niveau d’accès n’est pas le même partout?

The following two tabs change content below.
Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *