L’enfer c’est toujours l’autre (2)

crédit image: pixabay.com
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J’ai récemment été témoin d’une affaire banale mais assez significative du mal dans lequel nous entraine cette propension à expliquer notre mal par l’autre.

J’ai emprunté un taxi  à Yaoundé il y’a quelques jours. Alors que le chauffeur du taxi s’apprêtait à déposer une dame, nous écoutions le journal de 17h à la radio . Le journaliste a introduit un papier sur le changement climatique en présentant les méfaits de  ce changement climatique. Par la suite, il a indiqué qu’un sommet de haut niveau allait se tenir a cet effet sur le changement climatique entre les leaders politiques du monde. Sur le champ, la dame qui s’apprête à descendre s’exclame : « c’est même à cause des mauvaises choses qu’ils [les dirigeants] font que ces problèmes [changement climatique] existent. » Avant de finir sa phrase, elle retire l’emballage du bonbon qu’elle suçait et le lance sur le goudron. C’est une illustration parmi tant d’autres.

Ils sont nombreux dans les rues et les lieux publics qui ont fait de ces espaces de véritables poubelles. Ils peuvent y verser tout, parfois même uriner ou déféquer. C’est vrai, certains diront qu’il n’y a pas de bacs à ordures, qu’il n’existe pas de toilettes. C’est à tort dans la mesure où, à plusieurs reprises, j’ai observé des gens lancer ces papiers sur la voie publique alors que le bac à ordures se trouvait à quelques mètres. Et même s’il n’y a pas ces bacs, n’est-il pas mieux de les conserver dans un plastique et mettre dans son sac pour le jeter une fois qu’on a trouvé un bac à ordures ? Ce n’est pas le fait de ne pas jeter dans un bac à ordures qui m’inquiète c’est plutôt le rejet de la responsabilité du changement climatique, du sous-développement sur les autres. Dans le cas de figure qui est cité plus haut, on observe bien que la dame estime que ce sont les autres (les dirigeants) qui en sont responsables. Sur le champ, en jetant l’ordure dans la rue, elle minimise sa responsabilité personnelle. Elle ne se pose pas la question de savoir : si 10, 20, 30, 40 …. Camerounais font comme elle, quel impact ça pourrait avoir sur la qualité de l’environnement ? Elle est plus apte à voir la responsabilité des autres et à minimiser voire ignorer la sienne. C’est bien triste cette réalité qui s’observe à tous les niveaux de la société. Nous posons des actions de sous-développement, des actions qui retardent notre pays mais nous ne voulons jamais commencer par questionner ces actions que nous posons. Il est plus facile pour nous de voir d’abord la responsabilité des autres, de scruter d’abord les facteurs exogènes d’une situation avant de nous interroger sur la nôtre.

Je commence à penser que cette situation cache une paresse générale liée au fait que plusieurs ont la difficulté de se remettre en cause. Pourtant le changement commencera d’abord par le sujet en lui-même. Lorsqu’il voudra changer, son changement individuel contribuera à faire évoluer la communauté. Or si dans une société, personne n’estime qu’il est responsable de quelques échecs que ce soient et que tout le monde pense que c’est l’ennemi extérieur qui agit par voie de manipulation, le progrès sera toujours renvoyé aux calendes grecques.

Se questionner de l’intérieur permet de savoir ce qui n’a pas marché par rapport à ce qu’on attendait. Car, avant une comparaison extérieure, le progrès est d’abord un changement sur soi, une évolution par rapport à une situation personnelle préexistante. Il est normal dans un Etat qu’à un moment, les citoyens se questionnent et questionnent ceux qui les dirigent par rapport aux mandats qui leur  ont été confiés. A la différence du cas évoqué plus haut, apprenons à voir notre responsabilité dans ce qui ne marche pas pour rectifier le tir. C’est là, à mon avis, le principal challenge de l’Afrique aujourd’hui. Penser par elle-même et à partir d’elle. Se questionner d’abord sur sa responsabilité dans ce qu’elle est avant de voir la main de l’ennemi extérieur.

Je terminerai ce billet avec cette belle phrase de Mamadou Diouf à écouter ci-dessous qui dénonce ce déplacement de responsabilité de la part des Africains :

« Pourquoi ne sommes-nous pas capables de prendre en charge nos problèmes? Déplacer la question sur la France coloniale ou néocoloniale est un masque. Et ce masque est devenu malheureusement l’explication la plus facile de ce qui nous arrive. C’est-à-dire, on déplace les responsabilités vers d’autres acteurs qui sont en train de poursuivre leurs intérêts alors que nous, nous ne sommes pas capables de le faire. »

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

2 thoughts on “L’enfer c’est toujours l’autre (2)

  1. Comme on dit parfois chez nous, « Si chacun balayait devant sa maison, le village entier serait propre. » Mais au lieu de ça, on se contente de pointer le voisin qui n’a pas balayé sa cours.

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