Image de l’Université de Buéa: vérifier pour faire savoir et faire comprendre

image prise sur le site web sinotables.com
image prise sur le site web sinotables.com

Dans ce billet, je me sers du cas de l’image de l’Université de Buéa qui circule depuis deux jours sur les réseaux sociaux pour montrer comment la « rapidité » et la « facilité » nous empêche de « faire savoir » et « faire comprendre » les phénomènes qui se déroulent.

 

Hier, 10 Septembre 2015, alors que je me baladais comme d’habitude sur les réseaux sociaux, je découvre ce tweet dans lequel une image de l’Université de Buéa fait la une.

On y observe un rang de personnes. Après vérification auprès de sources sur place, il s’agit bien des étudiants de l’Université de Buéa. Mais s’agit-il de l’inscription? Les réponses à ce tweet sont expressives comme le tweet.  Voici une de ces réponses:

Un autre estime que « certains n’ont pas encore compris la nécessité de s’arrimer aux technologies de l’information et de la communication ».  Je me dirige sur facebook. C’est le compte de Martin Wato qui est la cible de toutes les attentions. Lui qui a posté l’image le 09 Septembre, à 21h30, a récolté un peu plus de 200 « partages ». Ce soir, le compteur affiche 353 « partages ».  Dans les commentaires, c’est chacun qui se demande si « l’Université de Buéa ne connaît pas encore la technologie ». D’autres posent plutôt la question de savoir « pourquoi ce fil d’attente à l’ère des technologies? » Ce matin, je reçois à nouveau ce partage du tweet de Annie Payep. Partage à la suite duquel, il est mentionné « pitoyable ».  

Sur facebook, c’est la page nommée « Mathias Eric Owona Nguini » qui reprend la photo partagée par « Martin Wato ». Elle est accompagnée de ces termes:

Inscription à l’Université de Buéa en plein 21e siècle. mama Sara, le Cameroun de Paul Biya.

Après tous ces posts et ces tweets, c’est un site web qui m’a finalement obligé  à rédiger ce texte. Dans cet article, l’auteur, sans avoir vérifié l’information, estime que « des étudiants de l’Université de Buéa sont en file indiens pour s’inscrire ». Ce qui traduit, selon l’auteur de l’article, « le retard du système éducatif camerounais en général et universitaire en particulier par rapport à l’appropriation des nouvelles technologies de l’information ». Cette non vérification doublée d’une généralisation du phénomène conduit l’auteur ainsi que les autres publications à donner la mauvaise information. Ils laissent l’image parler. Pourtant, elle n’est pas assez expressive. Si on voit des étudiants en file indiens, on ne peut pas savoir exactement les raisons pour lesquelles ils sont placés ainsi.

Je me suis donc posé la question de savoir: à quoi renvoie cette image? Finalement, renvoie-t-elle aux files d’attentes pour inscription.

J’ai contacté quelques personnes à Buéa pour en savoir davantage. Conscient  que cette image peut avoir été prise à Buéa, à cette période, mais peut ne pas renvoyer à la réalité que ces internautes veulent décrire. Ma première informatrice, étudiante à l’Université de Buéa m’a confié qu’il ne s’agit pas des inscriptions. Ce qu’a confirmé la seconde, elle aussi étudiante à l’Université de Buéa: « il s’agit du retrait des relevés de notes ». Elle poursuit en ces termes « cette affluence est due au fait que beaucoup de personnes ont des problèmes de notes. Comme le rattrapage débute lundi, ces personnes veulent récupérer leurs relevés de notes pour connaître les matières qu’elles recomposeront. » Selon ces sources, il ne s’agit pas des « inscriptions » ou « préinscriptions ». Il y’a certes un autre problème. Celui de l’indisponibilité des notes, ce qui est grave. Mais pas de problème d’inscription.

Les utilisateurs des réseaux sociaux ont déjà imaginé l’origine du problème, les ressorts du problème au point de démanteler les responsables. En plus, les généralisations s’en sont suivies: « le Cameroun est pitoyable », « choses extra », « le Cameroun est monté », « les universités Camerounaises ne s’arriment pas aux technologies » etc.

C’est peut-être à ce niveau l’un des inconvénient de l’utilisation que nous faisons des réseaux sociaux. On veut poster, partager, commenter, aimer, tweeter, retweeter, favorite et faire du buzz. Le souci de comprendre et de faire comprendre a quelque peu foutu le camp, pour laisser la place à la précipitation.

Ensuite, la généralisation. La réalité qui s’observe à l’Université de Buéa n’est pas identique à celle de l’Université de Maroua. Ce n’est pas parce qu’il y’a cette ligne que c’est toutes les Universités camerounaises qui ont le même problème. Ces généralisations traduisent la facilité et la rapidité avec laquelle certaines questions sont de plus en plus traitées. La rigueur qui devrait imposer un souci de compréhension et pousser les uns et les autres à vérifier une hypothèse de départ (l’image pour le cas qui nous concerne) n’est pas la chose la mieux partagée.

Avec la multitude des informations qui sont diffusées sur les réseaux sociaux, il est plus que jamais urgent de prendre du recul, de vérifier les informations avant de les partager. Sinon, on se laisse diriger par les technologies, au lieu de leur donner l’orientation qui nous convient.

Sur twitter, je suis @ulrichtadajeu

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

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