Burkina-Faso: les leçons que je retiens

La place de la Nation remplie de Burkinabés. Photo: @Joepenney
La place de la Nation remplie de Burkinabés. Photo: @Joepenney

Blaise Compaoré a voulu modifié l’article 37 de la constitution. Cette modification devait lui permettre de se présenter à nouveau au poste de président. La session de l’Assemblée Nationale qui avait la charge de le faire devait se tenir le 30 Octobre 2014. Mais, cette session n’a jamais eu lieu parce que le peuple a pris les commandes. Fâchés, déterminés, les Burkinabés ont pris d’assaut la place de la nation devenue Place de la Révolution à Ouagadougou pour protester contre ce vote et obtenir non seulement son annulation mais aussi la démission de Blaise Compaoré. Ceci s’est passé en 72 heures, 29, 30, 31 octobre. C’est vrai que depuis ce 31 Octobre, la situation est floue car plusieurs personnes se sont proclamés Présidents de la transition. Mais, c’est finalement le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida qui assurera le processus le temps de me Mais, voici ce qui m’a marqué ou en tout cas les leçons que je retiens.

La fin des dictateurs commencent par la destruction des symboles. Un dictateur est un individu imbu de lui qui a, à travers un ensemble de stratégies et pratiques, institué dans l’imaginaire collectif qu’il est un « Dieu ». Celui-là qui doit les sauver du mal et de la barbarie. Pour mieux inscrire cette croyance dans l’imaginaire collectif, il use des symboles, des images, des effigies et des discours. Il est présent partout à travers des statues, des noms de baptême pour des lieux.etc. Le jour où le peuple se rend compte qu’il n’est pas « Dieu », il commence par détruire ses effigies. C’est l’action que les Burkinabès ont posée. Détruire les effigies de Blaise Compaoré. On a même vu des chèvres manger ces photos présentes à Ouagadougou.  C’était un signe fort dans la mesure où le peuple affirme par cet acte symbolique que « Compaoré n’est pas Dieu, il est un homme, parmi tant d’autres. Tout simplement. »

Destruction d'une statue à de Blaise Compaoré. Photo: Burkina24
Destruction d’une statue à de Blaise Compaoré. Photo: Burkina24

Quand la femme s’y mêle avec des outils aussi banales que les spatules mais empreins de lourdes significations, ça va jaser. En effet, j’ai été marqué lors de ce soulèvement populaire par le rôle joué par la femme. Depuis le début des manifestations, elles ont été là comme jadis les femmes dans les maquis en pays Bamiléké et Bassa ont soutenu leurs époux ou encore ces femmes ivoiriennes qui ont marché sur l’actuel pont de la victoire pour exiger la libération de leurs époux. Leurs armes étaient les spatules. Rien que les spatules ? En fait, dans la symbolique, ces femmes ont voulu dire que « la peur est finie » et qu’elles sont prêtes à « tenir tête à l’autorité » comme m’a confié un Burkinabè. Un geste fort dans la tradition de ce pays. C’est une action qui complète la première. Compaoré n’est plus le dieu, on n’a plus peur de lui. Le reste n’est qu’une application de ce qui précède. Mais, ce sont, à mon sens les fondations de ce soulèvement.

Les femmes dans les rues de Ouagadougou. Source: Burkina24
Les femmes dans les rues de Ouagadougou. Source: Burkina24

Les jeunes sont prêts à rompre avec les anciens équilibres et donner la direction qu’ils veulent aux choses. Toutes les statistiques sont unanimes : les jeunes représentent aujourd’hui la majorité de la population africaine. Or, ceux qui les dirigent sont parfois arrivés au pouvoir lorsqu’ils n’étaient pas nés. Certains ont pensé que la jeunesse africaine est amorphe, inconsciente. Mais les soulèvements du Burkina-Faso nous prouvent le contraire. En effet, les jeunes étaient les plus représentés dans les rues lorsqu’il s’agissait d’aller à l’Assemblée Nationale ou encore à la Radiotélévision Burkinabè (RTB). Comme le montre cette image, « la Patrie ou ma mort ».

Photo prise sur le mur facebook de Rommy Romuald.
Photo prise sur le mur facebook de Rommy Romuald.

Un acte de courage mais surtout un appel de la jeunesse africaine à partir du Burkina-Faso à tous les dictateurs africains qui ont fait des modifications constitutionnelles un subterfuge pour se maintenir au pouvoir. Comme lancent ces jeunes Burkinabè : « C’est la révolution de la jeunesse. Et nous, on lance un appel à tous les autres chefs d’État, à toute l’Afrique, de ne plus jamais se hasarder à vouloir changer les constitutions. Et on dit à la jeunesse de toute l’Afrique que le changement est possible. »

Oui, les actes du Burkina-Faso s’adressent aux dirigeants africains, à Paul Biya, président du Cameroun qui a célébré le 06 Novembre prochain son 32ème anniversaire à la tête du Cameroun après avoir passé 7 ans (1975-1982) en tant que Premier Ministre de ce pays.

Les présidents africains qui ont fait de leurs pays un royaume n’ont qu’à bien se tenir. Car le cas Burkinabè est très proche de certaines situations, le Cameroun par exemple. Alors, chers Présidents qui voulez modifier les constitutions, vous éterniser au pouvoir, en 72 heures chrono, la rue burkinabè a poussé Compaoré à la démission. Lui qui se croyait tout puissant, lui qui a remporté les élections présidentielles en 2010 avec 80,15%. Pour ceux qui pensent que ce qui s’est passé au Burkina Faso ne peut pas arriver au Cameroun, ils se trompent. En effet, Paul Biya a remporté la présidentielle de 2011 avec 77, 98% pour un mandat de 7 ans après avoir modifié la constitution en 2008 et passé 29 ans au pouvoir. Des situations qui sont similaires. Tous les Camerounais veulent une transition pacifique, dans les urnes. Mais dans un Etat où le verdict des unes n’est pas toujours celui du peuple, La rue qui est un acteur prend ses responsabilités pour restaurer l’équilibre. Ce qui risque d’arriver dans d’autres pays africains où le pouvoir est devenu la propriété de quelques individus.

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

1 thought on “Burkina-Faso: les leçons que je retiens

  1. Si l’alternance générationnelle ne s’invite à ce processus boiteux de démocratisation, « le printemps noir » comme le nomme PEAN, fera son effet domino. Je pense pour cela que la jeunesse africaine,à travers les réseaux sociaux, a compris qu’elle peut être une force sociale déterminante. Que du pertinent dans ton billet, courage. Nos notes provisoires sont les lignes qui racontent l’Afrique à venir dans le grand livre du changement.

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