Camerounais, Cessons de nous mentir en 2015

Yaoundé, la capitale politique du Cameroun. Crédit photo: wikipédia.
Yaoundé, la capitale politique du Cameroun. Crédit photo: wikipédia.

L’ Hebdomadaire panafricain Jeune Afrique  a titré en une de son numéro 2814 (14-20 Décembre 2014)  « Cameroun, Le péril Jeune. » Le sous titre est le suivant : « Les moins de 30 ans, qui n’ont connu que Paul Biya, peinent à se faire une place dans une société confisquée par leurs aînés. Jusqu’à quand le supporteront-ils ? » Et comme d’habitude à la suite de ce genre de sorties, certains journalistes camerounais trouvent le prétexte pour manifester leur pseudo-panafricanisme. Dans une série de phrases sans arguments concrets, ils nous font des révélations scandaleuses sur la gestion  des fonds publics sans jamais démonter les propos de jeune Afrique ou d’autres personnes.

Juste après la publication de ce numéro, c’est le journal La Météo qui a pris les devant de la scène. Le journaliste qui a signé ce papier nous fait savoir qu’en fait Jeune Afrique n’est pas à sa première forfaiture et que les dirigeants de ce journal sont mécontents parce que la République du Cameroun ne leur paie plus les 600 et poussière de millions qu’elle leur offrait jadis mensuellement. Donc, on leur offrait des millions chaque mois alors que les étudiants au Cameroun ne sont pas capables d’acheter un livre à cause de l’absence des bourses ? C’est piteux quoi ! Mais bon, notre journaliste panafricaniste d’un jour poursuit en faisant savoir que Jeune Afrique veut ainsi manipuler les consciences pour ques les Camerounais imitent les exemples Burkinabès et autres. Un peuple a-t-il besoin qu’on le manipule pour revendiquer ce qui lui revient de droit? Un peuple a-t-il besoin d’être manipulé pour  vouloir le changement? Pour Abdoulaye Bathily (représentant du Secrétaire Général de l’ONU pour l’Afrique Centrale),

Même là où la question de la Constitution ne se pose pas, parce que les pouvoirs ont depuis longtemps réglé la question, l’aspiration à l’alternance est une donnée qui ne doit pas être négligée. Quel que soit le niveau de réalisations d’un pouvoir, quels que soient ses succès économiques, il y aura toujours un désir de changement.

Je ne suis pas sûr que C’est « Jeune Afrique » qui dictera aux Camerounais le temps de ce changement.

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Après avoir lu cet article, j’ai décidé de découvrir le contenu de l’article de Jeune Afrique. J’ai constaté que jeune Afrique ne nous apprend rien  sur ce qui existe déjà. Je ne sais pas si le problème se pose dès lors que c’est jeune Afrique qui en parle ou alors autre chose. Faut-il être un ennemi extérieur pour se rendre compte que ceux qui détiennent les pouvoirs au Cameroun sont des vieillards ? Pouvoir exécutif (Paul Biya est aux hautes fonctions depuis la décennie 1960, Premier ministre de 1975 à 1982 et président depuis 1982, il va souffler sur sa 82ème bougies en février prochain) avec pour premier Ministre Philémon Yang qui a été dans le gouvernement de Ahmadou Ahidjo du 30 Juin 1975. Le Pouvoir législatif a comme présidents : chambre haute c’est-à-dire le Sénat avec Marcel Niat Njifenji (80 ans) comme président et la chambre basse (parlement) avec Cavaye Yéguié Djibril (74 ans) en poste depuis le retour au multipartisme (1992) comme président. Non, il ne faut pas être jeune Afrique pour le voir ainsi. Il faut juste cesser d’être myope comme ce journaliste et plusieurs autres qui refusent de voir les choses telles qu’elles sont. Ils préfèrent se couvrir du parapluie d’un pseudo nationalisme pour chercher les poux là où il n’y en pas. Que jeune Afrique ait dit quelque chose de pareil, ce n’est pas nouveau dans la mesure où c’est ce qui existe. Le jeune n’est pas pris en compte au Cameroun. Si oui, lorsqu’on a besoin de sa force électorale. A ce moment, on lui balance quelques billets rouges (2000 fcfa) ou verts (5000 fcfa) et puis le tour est joué. Mais à des postes de responsabilité, on voit des vieux comme s’il n’y a pas des jeunes âgés de 30, 35 ans capables d’assumer  ces responsabilités. Ne pouvant pas s’opposer ouvertement parce que le Cameroun est une démocratie sur les papiers, sur les chiffres et non dans les faits et dans la forme, ces jeunes sont obligés de se donner à des pratiques tels que l’alcoolisme et se désolidarisent de la vie politique (cf. cette étude de la Friedrich Ebert Stiftung (Cameroun) sur  « Les jeunes et la politique au Cameroun quelles perceptions pour quelle participation ? »).

Lorsqu’on parcourt l’article du journaliste de La Météo, on comprend qu’il n’a aucun argument à avancer contre le texte de Jeune Afrique. Il se cache alors derrière des affirmations qu’ils croient préjudiciables pour Jeune Afrique alors que c’est le contraire. Comment dans un pays comme le nôtre dont on relève chaque jour les insuffisances, des individus sont capables de donner chaque mois une pareille somme à des individus ?

Quelques semaines après cet article, une tribune a été publiée dans le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune le 30 Décembre 2014. Une correspondance particulière qui porte l’estampille d’un « journaliste principal hors échelle émérite ». Joseph Janvier MVOTO OBOUNOU puisqu’il s’agit de lui relève les différents mensonges du reportage de Jeune Afrique et estime que « même » dans les autres pays ou les autres sociétés, les dirigeants sont des vieillards. D’ailleurs, Bechir Ben Yahmed a 86 ans et pourquoi ne laisse-t-il pas la chronique « ce que je crois » à un jeune journaliste de 35 ans?  Il évoque aussi les différents combats de Paul Biya, ses réalisations et surtout le dernier en date, le plan d’urgence. Pour lui comme pour le journaliste de la Météo, cet article est un « appel à l’insurrection ».

Ils nous rappellent bien la polémique qui a fait les choux gras de la presse camerounaise après la publication du livre de Fanny Pigeaud « Au Cameroun de Paul Biya ».  Les journalistes avaient  crié au complot estimant que la journaliste française Fanny Pigeaud est un pion de l’impérialisme occidental visant à déstabiliser le Cameroun à travers son livre. Florian Ngimbis, blogueur camerounais, avait rédigé un billet pour dire que le Cameroun dont parle la journaliste française c’est le Cameroun de tous les jours, ce qui se passe sous nos yeux chaque jour. J’ai bien envie de dire la même chose au sujet de ces réactions inutiles de certains journalistes camerounais à jeune Afrique.  En fait, Jeune Afrique ne dit que ce que les Camerounais dans divers espaces pensent et disent chaque jour : les gérontocrates gouvernent une population majoritairement jeune. Au lieu d’adresser de pareilles réalités qui, sur le long terme, peuvent représenter de réels défis pour l’alternance au Cameroun, des individus préfèrent voir le complot là où il n’y en pas.

Tout ceci traduit une paresse perceptible au Cameroun et qui consiste à toujours chercher un ennemi extérieur dans l’explication de notre situation.  On est plus apte à parler de  ce qui arrive aux autres (Côte d’Ivoire, Burkina-Faso…) et à crier à l’impérialisme occidental partout alors même qu’on peut commencer par nous interroger notre propre responsabilité sur ce qui nous arrive. Elle traduit un mal plus vaste qui est notre faculté à nous mentir nous-même. 5 ans après le cinquantenaire de notre « indépendance », nous devons cesser de nous mentir nous-mêmes.  Car comme  dit le philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga « une société qui se ment est condamné à vivre dans le chaos permanent. »

Au sujet d’une société qui se ment, je vous recommande ces mots de Fabien Eboussi Boulaga.

Bonne et heureuse année 2015 à tous les humains!

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

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