Les femmes mariées mangent déjà le gésier

Première de couverture. Crédit image: Franck kemayou njekoua
Première de couverture. Crédit image: Franck kemayou njekoua

La dédicace du dernier ouvrage de Marcel KEMADJOU NJANKE Les femmes mariées mangent déjà le gésier a eu lieu hier dans la ville de Dschang au foyer culturel de Keleng. L’auteur qui a à son actif une dizaine d’ouvrages ballade le lecteur autour de diverses thématiques: conflit interreligieux,  conflit de génération, la parité des genres… Il est également le promoteur du Festival International de Poésie 3V qui se tient au début de chaque mois de décembre depuis 2007. Je vous propose le compte rendu de lecture de cet ouvrage. Une signature de Franck kemayou njekoua.

Les femmes mariées mangent déjà le gésier est un ensemble de racontage. Son auteur, Marcel KEMADJOU NJANKE, est un poète,  raconteur et romancier résidant à Douala au Cameroun. Il est avant tout commerçant au marché Mboppi  dans la même ville. Les femmes mariées mangent déjà le gésier publiée en 2013 aux éditions Ifrikiya, est son deuxième livre du genre après DIEU n’a pas besoin de ce mensonge (2009). Cette mention racontage en dessous du titre, loin d’être considérée comme un nouveau genre littéraire créé, est perçu par l’auteur comme un triptyque de l’art littéraire ayant pour noyau la langue dans la plénitude de son usage auquel se greffe la liberté qui insuffle au psychisme humain sa plasticité et au parler son dynamisme interne. Et bien sure la beauté. Non pas cette beauté superficielle, mais cette symbiose parfaite entre l’intention pure, le champ d’action qu’on s’est défini et son accomplissement logique.

L'auteur Marcel Kemadjou Njanke (au centre), le Pr Alain Cyr Pangop (à gauche) et Franck Kemayou (à droite). Crédit image: Ulrich Tadajeu
L’auteur Marcel Kemadjou Njanke (au centre), le Pr Alain Cyr Pangop (à gauche) et Franck Kemayou (à droite). Crédit image: Ulrich Tadajeu

Ce chef d’œuvre de 179 pages divisé en 6 parties, retrace une histoire narrée sous formes de « kongossa » et dite par 4 personnages interne au récit. Il est bien question du couple « Bitacola /Petit bonheur ». Face au naufrage de son mariage, Bitacola femme au foyer sollicite l’aide de son beau-père qui à travers une conférence matrimoniale, essaye de tirer de l’abîme l’union de ce jeune couple qui y était presque.

 Comprise entre le Noun (Foumban, Foumbot, Massangam et Magba) et le Littoral (Douala), cette odyssée est ouverte et couverte par plusieurs  thèmes tels que : le conflit interreligieux, le conflit de génération, la parité des genres,  le tout couronné par un choc de civilisation. Dans une compilation de proverbes, de paraboles, de paroles imagées, de détails accrochants, de comparaisons troublantes et des couleurs riantes. L’auteur se sert de la langue, pas cette langue française de Molière mais une langue française « made in Cameroun » pour étaler ses réflexions truffées de l’actualité nationale et internationale, pour ressortir clairement sa thèse et son point de vue : les femmes, même mariées ne doivent pas manger le gésier par ce que même si « l’homme porte une barbe ; la femme aussi, le gésier se mérite. »(p172).Un façon de dire que dans le foyer, l’homme et la femme, bien qu’ils se complètent ne sont pas égaux. Les responsabilités familiales sont clairement établies : la femme gardienne de la famille n’est pas égale de l’homme, qui est le chef de la famille.

Dans la première partie de l’ouvrage : la ou le roi va seul et à pieds, l’auteur nous transporte dans une description pleine d’images, dans les profondeurs du pays Bamoun (principal théâtre de toute l’histoire) qu’il considère comme « un grand et beau pays, un pays comparable à une bonne et vieille dame chargée de douleurs de la générosité  des siècles. »(p.9).Dans cette même partie l’auteur, incarné dans le personnage de MOO NDIAYIE, revient sur la problématique de l’appropriation de la langue française (langue de colonisation) pour les indigènes. Pour MOO NDIAYIE, « ce français qui sépare ce qui est attaché, qui aime tout mettre en pièces détachées, qui à trop de règles, trop d’interdits pèse comme une loi, soumet et conditionne l’être humain. »(p12).Or ce français est si différent du notre. Conquis et soumis par la force et la volonté créatrice des africains ; « il est le français qui dit mieux nos réalités que toutes les académies de la terre. » (p13).

Dans la seconde partie de l’ouvrage : il n ya pas de petit chef de famille, tout en revenant sur le rôle de chaque conjoint, l’auteur  nous plonge de plein pied dans les difficultés rencontrées par nos différents ménages,  réalité de la plupart des foyers camerounais.

Dans la troisième partie : quand le mariage est neuf le tamtam des bonnes nouvelles va loin, l’auteur tout en retraçant le quotidien sentimental de la plupart de nos jeunes veuves revient sur l’un des thèmes les plus présents chez les auteurs africains de la nouvelle génération : la sorcellerie.

 Dans la quatrième partie : ton coucous est dans tes mains, ta sauce est dans tes mains, Marcel Kemadjou en étalant les véritable sources de difficultés et de problèmes liés à la majorité des foyers aujourd’hui, propose, sous forme de proverbes et paraboles garnis de significativité, des pistes de résolution et de solution. Comme quoi « ne verse pas la sauce qui est entre tes mains pour lécher celle qui coule entre tes doigts. »(p95)

Dans la cinquième partie : chaque rivière à ses coquillages, l’auteur nous rappelle  l’imperfection de l’être humain et ses conséquences  sur sa personne. L’imperfection n’est pas de ce monde. Il vaut mieux ne pas l’exiger  de qui que se soit, parce que, comme il le dit si bien « c’est la chair qui cache ce qu’il ya dans le cœur des gens . Il n’y a pas d’être humain sans problème et il n’y a pas une  seule personne sur la terre qui peut dire que son cœur danse tous les jours. »(P103)

 Enfin dans la sixième partie : les femmes mariées mangent déjà le gésier, tout y est, tout est fait. L’harmonie, l’entente et le respect mutuel entre les conjoints ne peuvent que renforcer les liens sacrés du mariage par ce que « la compréhension mutuelle est supérieure à la force. » (p140)

En dernière analyse, les femmes mariées mangent déjà le gésier peut se donner le mérite d’avoir, dans un langage propre aux camerounais et au Cameroun,  une contribution non négligeable  dans la résolution d’un problème auquel les camerounais font face : les difficultés rencontrés au sein du foyer.

 Bien que s’achevant de manière abrupte, nous pouvons affirmer que cet ouvrage nous propose quelque chose de nouveau dans la façon de résoudre désormais les problèmes de couple. Cet ouvrage peut être considéré comme une source privilégiée et crédible pour les études et la recherche dans les différents domaines et thèmes abordés par l’auteur dans son œuvre .Vivement que les femmes mariées comprennent  qu’elles ne doivent pas manger le gésier !

© Correspondance de KEMAYOU NJEKOUA Franck

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Ulrich Tadajeu
Ulrich Tadajeu Kenfack prépare une thèse de Doctorat en Histoire Politique à l'Université de Dschang, au Cameroun. Ses domaines de recherche portent sur les comportements politiques, les luttes nationalistes, la reconstruction politique après les épreuves de terreur, la communication politique et le web 2.0. Il est également Community Manager dans une institution universitaire d'enseignement et de recherche.

7 thoughts on “Les femmes mariées mangent déjà le gésier

  1. Tout dépend des sociétés dans lequel le couple évolue et leurs influences mais surtout de leur niveau de compréhension de ce qu’ils construisent. A chacun d’adopter le modèle qui lui semble le plus convenable tant qu’il n’y a pas injustice. Moi, je mange du gesier et nous sommes bien équilibrés ainsi, comme deux amis, comme deux amours sans nécessité de vouloir dominer l’un sur l’autre.

    1. Nathyk! merci tout d’abord pour ton commentaire.Au Cameroun, précisément dans la société traditionnelle, le gésier est quelque chose de sacrée. c’est le symbole de l’autorité familiale et un signe du pouvoir patriarcal. Manger le gésier signifie être détenteur légitime de ce pouvoir qui, selon tout les livres saints reviens à l’homme.Qu’une femme femme mangent le gésier au Cameroun surtout en région bamiléké est une faute grave.c’est de l’es-prouve!sauf si elle élève seule ses enfants.ce gésier est proscrit chez les jeunes sauf s’il vient du père. Les femmes mariées qui mangent déjà le gésier sont ces femmes qui extorquent ou qui revendiquent cette autorité familial qui ne leur revient pas de droit.selon l’auteur, c’est ce qui est à l’origine de la plupart des conflits dans nos ménages.

  2. Franck, je comprends très bien dans quel contexte l’auteur a écrit son oeuvre, étant moi même camerounaise. Mais comme je l’ai dit, ce n’est pas forcément une réalité universelle ou figée, en ce moment de l’évolution de l’humanité, ce concept de clamer l’autorité de l’homme sur la femme dépend des sociétés et des milieux. Je suis mariée et je m’entends très bien avec mon époux et il reconnaît qu’il n’est pas supérieur à moi et je peux manger le gesier si je le veux. Donc oui en milieu bamiléké, c’est différent. L’égalité des genres est mon dada, mais il y a beaucoup d’amalgames que les gens font. Devoirs et droits sont des notions très différentes. Je ferai un billet sur ça, pour le moment, je dirai juste que l’homme et la femme ont des droits égaux mais ont des devoirs et des responsabilités différents. L’homme et la femme n’ont pas des droits complémentaires mais leurs devoirs sont bien complémentaires. Il faut bien relire aussi les textes sacrés, souvent on lit une partie où on met de l’emphase et on ignore l’autre. Au stade actuel du développement de l’humanité, les hommes n’auront pas d’autres choix que de considérer les femmes comme des partenaires de plein droit.

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